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réponse au texte de Lucien Sève

Le « communisme » est mort, vive le communisme !

diffusé sur le forum RougeVifs

samedi 17 novembre 2007, par admin

Comme vous vous en doutez déjà, mon enthousiasme est modéré. C’est un texte très riche, auquel il faudrait pouvoir consacrer une longue analyse. Comme je n’ai pas le temps d’y consacrer soixante heures de boulot, je relève juste quelques point. Tant pis si je donne l’impression de descendre le camarade philosophe. Ce n’est pas mon intention.

Dans un premier survol, je dirai qu’il y a des choses très utiles dans la première partie (il est bon de rappeler que le communisme n’a jamais existé, et que c’est un non sens de parler de "pays communistes" du point de vue même de ceux qui les gouvernaient), que la deuxième manque de clarté sur les buts et les moyens poursuivis, et que la troisième me paraît totalement délirante. La conclusion sur le PCF plait à Alain. Elle me plairait aussi, s’il était possible et raisonnable de la dégager des attendus. Je ne crois pas que ce soit le cas.

Un premier problème évident : Sève dit longuement, et souvent justement, ce que n’est pas le communisme. Il ne dit jamais ce qu’il est ou sera. C’est un peu ennuyeux. Bien évidemment, vous auriez tort de compter sur moi pour décrire précisément ce que serait une société communiste. Quelle différence ? C’est que Sève fait du communisme un but immédiat, moi pas.

Il ne dit rien non plus, avant la troisième partie, à laquelle je viendrai plus tard, des moyens d’y parvenir. Là aussi, il dit surtout ce que selon lui il ne faut pas faire, qui tient dans les mots parti et État. Un point est particulièrement gênant, sa façon de se réclamer de Marx contre tout ce qui a suivi. Que l’URSS n’ait pas crée le communisme tel que le prévoyait Marx est une évidence. Il n’est même pas besoin de lire Marx pour s’en convaincre : il suffit de lire Staline qui n’a jamais rien prétendu de tel (Khroutchev l’a presque prétendu, presque seulement, un jour où il avait trop forcé sur la vodka pour se consoler de ne pas pouvoir faire pousser de fraises en Sibérie, mais il fut bien le seul). On voit d’ailleurs mal comment elle aurait pu, étant entendu, Sève le note justement, que le communisme ne peut être que mondial. Cette forme de cosntruction socialiste n’a pas conduit au communisme. C’est un fait. Parmi les nombreuses critiques qu’on peut lui adresser, on peut certes lui reprocher de n’avoir que peu, voire rien, à voir avec le socialisme et la dictature du prolétariat tels que les envisageait Marx.

Ce qui est proprement aberrant est de prétendre qu’on revient à Marx quand on prétend (c’est le dada de Sève depuis de nombreuses années déjà) passer directement du capitalisme au communisme sans l’étape du socialisme. Je signale au passage que le truc qui consiste à répéter ad nauseam cette phrase obscure sur le communisme qui est le mouvement je ne sais plus trop quoi en faisant abstraction de tout le reste de l’œuvre de Marx sur ce sujet me paraît assez minable. Je ne conteste pas (pas ici) la pertinence du propos. Ce qui me paraît lui ôter toute crédibilité, c’est cette façon de se réclamer d’un véritable Marx totalement imaginaire contre tous ses interprètes précédents. Marx avait une vision historique très claire : le capitalisme, puis le socialisme, puis le communisme. Sève ne veut décidément pas du socialisme. Fort bien. Je n’ai pas besoin de lui d’ailleurs pour penser que la vision historique de Marx est à tout le moins périmée. Mais qu’il dise clairement "Je pense que Marx avait tort" au lieu de répéter "Je suis le seul à avoir compris quelle était la véritable pensée de Marx".

Je disais plus haut dans ce fil que pour moi le marxisme ne devait pas et ne pouvait pas être une religion. L’un des inconvénients les plus affligeants et les plus amusants à la fois de l’attitude religieuse envers Marx est que, faute d’oser le critiquer ouvertement, on est obligé, chaque fois qu’on changer d’avis, de changer Marx. Sève a renoncé à la religion stalinienne, à la religion léniniste (sauf sur un point : le coup de la cuisinière), mais il reste un marxiste religieux qui, comme tous les hérétiques d’autres religions, prétend revenir à la religion originelle quand il entreprend d’en créer une nouvelle.

Exit donc le socialisme, et exit aussi la conquête du pouvoir d’État, dénoncée comme source de tous les maux. On voit mal, soit dit en passant, ce que vaut l’allusion à la cuisinière de Lénine qui devrait apprendre à gouverner l’État, si on veut lui interdire d’envisager de le faire. Ce que Sève ne nous dit pas, c’st comment on peut envisager d’abolir l’Etat sans le conquérir. Il observe cependant que Citation :

Si les meilleurs esprits d’hier – Lénine, Gramsci – l’ont pourtant adoptée [cette conception], c’est qu’il n’y en avait pas d’autre quand manquaient tragiquement les présupposés objectifs et subjectifs d’un mouvement communiste.

Ouf ! Lénine n’était pas méchant, seulement mal informé. On aimerait cependant savoir ce qui a changé apr rapport à cette époque reculée.

C’est apparemment ce que prétend nous dire la troisième partie. Et là, c’est vraiment la catastrophe. Le rapport entre l’immensité de la tâche envisagée précédemment et le ridicule des moyens proposés est frappant. Il peut paraître mesquin, mais me semble ici nécessaire, de citer le sommet en la matière : le communisme serait en construction avec l’

Citation :

adresse de Michel Platini aux chefs d’Etat contre le pourrissement du foot par le fric

Là, camarade philosophe, si ce n’est pas de l’humour, c’est de la sénilité.

On voit mal quel sens ont les imprécations contre toute forme d’organisation verticale et la notion même de direction. Apparemment, Lucien Sève ne le voit pas non plus puiqu’après tout ça, il nous annonce pour son nouveau parti qui n’est pas un parti Citation :

IC n’a pas de direction mais un conseil national travaillant à centraliser l’expérience, cerner les problèmes, organiser le débat, en décentraliser les résultats dans leur pluralité.

Mais a-t-on déjà vu la direction de n’importe quel parti se donner d’autres objectifs ? L’expérience des différentes mutations des statuts du PCF a clairement montré que pour les directions en place "abolir la verticalité" signifiait exclusivement supprimer toute responsabilité (certes déjà faible auparavant) des dirigeants devant les dirigés. Je ne vois pas pourquoi il en serait autrement avec cette nouvelle plaisanterie.

Et avec tout ça, il ne nous a toujours pas dit comment on pouvait abolir le capitalisme sans toucher à la propriété, ou toucher à la propriété sans toucher au pouvoir d’Etat. A moins qu’on accepte l’idée que tout ça va s’effondrer un jour devant les déclarations de Michel Platini, comme les murailles de Jéricho au son des trompettes de Josué.

Bref, pour conclure cette première et rapide lecture (qui ne prétend pas, je le répète, être une analyse ou une critique globale, juste un ensemble d’impressions), il me semble que Lucien Sève pose un certain nombre de très bonnes questions, n’apporte pas de réponses, ce qu’on ne peut lui reprocher car heureux serait celui qui aurait toutes les réponses, mais a le tort de prétendre en avoir apporté.

Enfin, une interrogation : qu’apporte ce texte à tous ceux qui luttent ces jours ci, les cheminots pour le salaire socialisé, les étudiants pour le peu qu’il reste d’un enseignement supérieur de qualité ouvert à tous ? Je ne vois pas quoi. Il est à craindre que le « mouvement réel qui dépasse l’état de choses existant » commence par abolir pour son propre compte toute réalité.

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