Le philosophe communiste Lucien Sève à fait paraître ces jours derniers une contribution intéressante en vue de " l’assemblée extraordinaire " du P.C.F qui se tiendra fin 2007 et dont les effets devraient se faire sentir sur le congrès de 2008.
S’intéresser à ce que dit Lucien Sève, n’est jamais neutre, il reste une référence pour de nombreux militants communistes et il a joué dans l’histoire intellectuelle du P.C.F un rôle charnière à un moment important de l’histoire du Mouvement Communiste International, sa " déstalinisation ". C’est au Comité Central d’Argenteuil en 1966 qu’il apparaît dans la lutte entre les 3 voies qui n’ont jamais cessé d’exister au sein du P.C.F, comme elles existent au sein de tout parti politique : sa Droite, son Centre, sa Gauche.
Lucien Sève est alors " chargé " par la direction du parti de combattre puis d’isoler, en vue de l’éliminer, le philosophe " officiel " du parti qui dérive de plus en plus vers des conceptions philosophiques humanistes pré - marxistes typique des dérives droitières : Roger Garaudy. Ce combat, il doit le mener en évitant que la gauche du parti puisse en tirer un quelconque avantage, il va donc construire un raisonnement qui officiellement tend à s’opposer à la dérive droitière de l’approche philosophique de la déstalinisation, mais qui " officieusement " cherche à contrer la critique de gauche, une critique qui tend à monter et qui aboutira aux événements de mai - juin 68. L’aile gauche du parti est alors représentée par Louis Althusser.
En bon "centriste " c’est à dire et in fine, en archétype d’une " déstalinisation " ’stalinienne’, il est l’homme de l’appareil. Pendant près de 20 ans Lucien Sève sera chargé d’alimenter l’ossature philosophique du parti. Son ouvrage majeur " Marxisme et théorie de la personnalité " servira d’ouvrage pivot, tant à ce que tout jeune militant doit penser de la philosophie, mais également à l’explication " officielle " de ce qui commence à apparaître : l’échec du " socialisme ayant réellement existé ", et sa pseudo théorie marxiste du culte de la personnalité. Il se voit confier le poste hautement politique de directeur de la maison d’édition du parti : Les Editions Sociales. Tout ce qui en sort passe entre ses mains, avec l’aval au sein du bureau politique des hommes chargés des questions idéologiques, Plisonnier, Kanapa etc..
Il a eu comme vis à vis au sein de cette tâche théorique, les hommes chargés de produire une approche partitaire en économie politique, le C.M.E, " Boccara et Herzog ", en histoire de l’U.R.S.S " Elleinstein et Hincker " en droit " Le couple Weil " etc…Le parti se construit une représentation du monde, qui doit lui permettre de déboucher sur une déstalinisation qui ne remette fondamentalement rien en cause d’une stratégie qui a été décidée à la sortie de la seconde guerre mondiale. Il s’agit de s’intégrer au jeu " démocratique " des alternances en devenant définitivement un parti de " gauche ". Cela est conforme au dernier souhait de Staline, la stratégie de la coexistence pacifique, et à sa conception de la luttes des classes à l’échelle internationale : le théorie des dominos.
Staline ne veut pas que l’histoire lui échappe, il veut contrôler la nature des luttes des classes à l’échelle internationale. Pour cela, le maintien ou le renversement des Etats dans un jeu du camp contre camp devient essentiel. Staline est un " centriste " c’est à dire un homme pour qui la vision étatique de la politique est essentielle. La luttes des classes n’a nullement pour objet pour lui de porter sur la remise en cause des phénomènes objectifs de l’exploitation ou de la désaliénation qui affectent les individus, ce qui est fondamental pour lui, c’est que le pouvoir d’Etat : l’armée, la justice, la police servent un camp contre l’autre. La lutte des classes lui importe pour autant qu’il pense en avoir le contrôle, car quant au fond ce qui caractérise le " centrisme " dans l’histoire du marxisme, c’est qu’il utilise les techniques et les institutions en les " neutralisant ", ce qui est typiquement une approche de " droite ", ceci dans le but de leur faire jouer un rôle moteur au sein de la luttes des classes, ce qui est essentiel dans sa confrontation avec la " gauche ". Ce travers caractérise Kautski comme il caractérise Staline, l’Etat, sa défense, au nom de la démocratie, pour Kautski ou au nom du socialisme pour Staline est typique de ce courant qui pense pouvoir stopper l’histoire en l’éternisant, par l’institutionnalisation de la politique.
C’est pour quoi et malgré eux, les " centristes " ont tous dans leurs bagages théoriques de façon larvée et inconsciente une pente naturelle qui les pousse à n’envisager de solutions d’avenir que sur leur droite.
Nous souhaitons illustrer par deux exemples, précis la position réelle de Lucien sève, avant qu’il ne décide d’évoluer vers la droite du parti.
Confrontation entre Lucien Sève et Althusser- Balibar
sur la nature profonde du stalinisme et sur la réalité des luttes de classes en U.R.S.S.
Sève : la déviation stalinienne est une déviation de type de Gauche, car Staline à clairement affirmé et mis en pratique le fait qu’il y avait sous le socialisme accentuation de la luttes des classes, ce dont témoignent les procès, les camps etc.. Ce qui est contradictoire avec ses autres textes où il affirme que sous le socialisme la lutte des classes s’éteint car il n’y a plus de classes antagonistes et que l’Etat est bien l’Etat du " Peuple tout entier ". (Thèse que Sève partage in-fine)
Réponse de A et B : Sève évite soigneusement d’aborder la forme sous laquelle Staline envisage et pratique la lutte des classes. Le recours à la police politique à la pseudo justice et ses procès spectaculaires, l’écrasement militaire des révoltes allemandes, hongroises, tchèques etc.. Tout témoigne chez Staline du recours à l’appareil d’Etat et non aux masses, à la répression institutionnelle brutale et non à la confrontation idéologique, ce qui est typique de toutes les tendances de droites. Mais Staline a raison de dire qu’il y a accentuation de la lutte des classes sous le socialisme, il ne peut pas faire autrement que de le reconnaître. Le problème est qu’il évite de dire quelle place il occupe dans celles-ci, et quels intérêts il sert vraiment.
On le voit ce qui caractérise toute les tendances centristes c’est que leur approche de la politique n’est possible que par la " neutralisation " institutionnelle des instruments qui servent le pouvoir en place. La police est la police qu’elle soit à l’Est ou à l’Ouest, ce qui change, c’est qui elle sert et non pas à quoi elle sert, ni comment elle est constituée. L’Etat est l’Etat, les forces productives sont les forces productives, la recherche scientifique est la recherche scientifique, il n’y a rien à dire sur son contenu et sur ses méthodes seul son utilisation favorable ou non à telle ou telle classe sociale peut être jugée positive ou négative etc..
Autre exemple : 22ième Congrès du parti communiste 1976 - section de Bagneux 92
En face de l’auteur de cet article, le sieur Lucien Sève chargé à la tribune sur commande de la direction du parti de régler son sort à " la dictature du prolétariat ".
Sève : " Si vous êtes partisan de la dictature du prolétariat, vous acceptez et justifiez tout ce qui s’est passé en U.R.S.S les camps, la répression. "
Nous : " Si nous sommes partisans de la dictature du prolétariat, c’est parce que justement nous considérons que ce n’est pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat qui est appliquée en U.R.S.S et qu’il faut aujourd’hui entreprendre la critique marxiste et révolutionnaire de sa nature de classe et non continuer d’ergoter derrière de pseudo concepts tel que " Le Culte de la Personnalité " qui sont tout sauf marxistes "
Sève " Vous avez un conception livresque, de celle-ci (la dictature du prolétariat) qui vous masque la réalité de son application "
Nous " Camarade Sève, tu es directeur des Editions Sociales, à ce titre tu viens de rééditer
la " Critique des programmes de Gotha et d’Erfurt ", ce livre est présent devant toi à la tribune sur une table de présentation des éditions du parti. Dans ce livre il y a une préface
D’Emile Bottigelli qui avec Auguste Cornu ont tant fait pour la diffusion des idées de Marx et d’Engels en France. Il rappel dans son introduction à la page 11, que dans sa lettre à Weydemeyer de 1852 Marx écrit :
" En ce qui me concerne, ce n’est pas à moi que revient le mérite d’avoir découvert ni l’existence des classes dans la société moderne, ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi, des historiens bourgeois avaient décrit le développement historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avait exprimé l’anatomie économique. Ce que je fis de nouveau, ce fut : 1/ de démonter que l’existence des classes n’est liée qu’à des phases de développement historique déterminé de la production ; 2/ que la lutte des classes conduit nécessairement à la dictature du prolétariat ; que cette dictature elle même ne constitue que la transition à l’abolition de toutes les classes et à une société sans classes. "
Nous : Sève, pourquoi avoir rééditer cette préface, pour le moins " livresque ", condamnes tu les propos de Marx et comment espères tu arriver à la société sans classes, au communisme, si tu n’es plus partisan de la dictature du prolétariat ? ! ! "
(Brouhaha dans la salle)
Reprise de parole par le secrétaire de section : " Bien camarades, cette discussion n’aboutit à rien, passons à autre chose, un sujet plus important, la question de la " morale " " (sic !)
3 ans plus tard, nous quittions le parti persuadé que cette ligne liquidatrice voulu par la direction du parti, conduira droit dans le mur. Nous sommes restés 20 ans en dehors du parti, le temps pour celui-ci de passer de 600 000 membres à moins de 100 000 et de 20% des voix à 3,5%.
20 ans pendant lesquels, nous nous sommes renforcés dans l’idée que seul le communisme pouvait sortir l’humanité de la crise de civilisation dans laquelle elle s’enfonçait, 20 ans où de regroupements oppositionnels d’anciens communistes, en mouvement sociaux et sociétaux, nous avons espéré qu’il y avait une alternative à la forme " parti ". Il n’y en a pas. Non pas que le parti soit un " absolu " en dehors du quel rien ne soit réalisable, au contraire il faut savoir sortir de la " forteresse " comme le rappelait si justement Louis Althusser, mais il faut savoir également pourquoi à certain moment elle nous est indispensable.
Considérer que guerre de position et guerre de mouvement sont 2 éléments disjoints s’opposant de façon absolue est aussi stérile, qu’inutile. Quitter les casemates d’une base rouge, pour entreprendre une longue marche, n’a de sens que si elle conduit à avoir les moyens d’établir une autre base rouge élargie.
Certes, au cours du chemin on se transforme, mais le chemin n’est pas tout et le but final rien comme le pense Bernstein, l’abolition de l’état de chose existant, n’a de sens que s’il va dans le bon sens, Chemin et but se confondent, n’importe quel chemin, ne débouche pas sur n’importe quel but, c’est de l’idéalisme (Tout les chemins mènent à Rome). Le but, la finalité doit être clairement identifiée, être fixée préalablement. La vérité est sans doute qu’aujourd’hui nous prenons conscience que nous n’avons pas tous en commun la même définition du communisme. Or avoir transformé ce mode de production, extrêmement concret, en une usine à gaz utopique, au nom d’une lutte contre l’utopie et l’impossibilité de définir précisément ce que cette société réalisée pourrait incarner abouti aujourd’hui à cette bouillie idéologique ou le mot communisme devient un repoussoir pour ce qu’il ne définit pas, et le réceptacle de tous les fantasmes de ce qu’il pourrait recouvrir. Entre autres " la désaliénation ".
Pourquoi ce long préambule avant d’aborder franchement le texte de Sève, c’est que nous considérons que la jeune génération doit savoir à qui elle à faire, quand des hommes qui ont tenu les rennes du P.C.F et l’on conduit là ou il en est, viennent nous jouer les vierges effarouchées en affirmant " nous n’avons pas voulu ce qui se passe et nous ne sommes pour rien dans l’incapacité du P.C.F à sortir du stalino-réformisme dans lequel il est englué depuis la fin de la seconde guerre mondial " Les idéologues, les élus, les apparatchiks, qui se sont endormis post - staliniens bons teints et se réveillent aujourd’hui liquidateurs du parti au nom de l’obsolescence du parti dans la réalité de la lutte des classes, portent une lourde responsabilité dans la dégénérescence programmatique et tactique du P.C.F. Qu’on ne vienne pas nous dire que les Sève, Martelli, Braouezec, Hue et Consort n’ont jamais eu de pouvoir pour initier une autre pratique politique au sein du P.C.F. Il en ont eu beaucoup, beaucoup plus que la gauche du parti, qui s’est vue régulièrement éliminée des instances au nom du réalisme et de la nécessité de continuer dans la stratégie d’union de la gauche .
Il arrive toujours un moment ou le centrisme dégénère, car la dégénérescence de droite du centrisme est contenue dans sa structuration même, dans son essence.
C’est typique dans le texte que nous allons regarder de Sève, le passage de la forme parti à la forme mouvementiste, le parti (structure figée) s’oppose à l’idée (fonctionnalo-mouvementiste) de l’ " abolition de l’état de chose existant ". C’est un leitmotive que l’on retrouve de façon systématique, dans l’histoire de la dégénérescence des organisations " révolutionnaires " de la période récente, que se soit la fin du P.S.U, la transformation disparition du P.C. (M.L.F) se transformant en un P.A.C éphémère, voir du P.C.R (M.L), sans compter chez les trotskistes eux-mêmes, la disparition de l’A.M.R.
L’appel à la liquidation du parti passe toujours par la prétention à vouloir transcender la forme parti. En réalité, il s’agit souvent de la part de militants ayant occupé des postes à responsabilités importantes, les moyens de masquer la faillite de leur ligne politique. Après l’avoir défendu comme un absolu, le liquidateur accuse le parti de tous les maux.
Le communisme " équivoque " :
Lucien Sève, se défend de vouloir liquider l’idéal communiste, tout au contraire affirme- t’il c’est pour mieux le servir aujourd’hui qu’il s’agit de se débarrasser de ce qui fût le "faux communisme ". Mais qu’est-ce que ce " faux communisme ", c’est l’ensemble des réalités et des pratiques qui ont concerné ce que d’autres ont appelé " le socialisme réellement existant " et plus particulièrement les tendances les plus totalitaires, les plus barbares de certains régimes. De Staline à Pol - Pot les exemples ne manquent pas.
Nous ne pouvons qu’apprécier cette volonté de nos camarades fraîchement convertis en " nouvelle droite " communiste d’entreprendre enfin, la longue marche de la rénovation idéologique. Sauf que, sauf que, une fois encore, cette prétendue rénovation est conduite avec des masques idéologiques, qui ressemble étrangement à du déjà vu et qui consiste à prétendre tout changer pour pouvoir mieux tout conserver (autrement dit éviter que leur prétention idéologique à vouloir " guider " les masses, non plus cette fois ci du " Parti " mais du " Mouvement ", des " Réseaux ", voir pour Sève dans son texte des " Ateliers ". ne leur soit définitivement contestée). Et cette fois encore il s’agit de faire passer sous le vocable de " communisme ayant failli " tout ce qu’hier comme de vaillants petits soldats ils défendaient bec et ongles contre ceux qui en contestaient la dimension révolutionnaire . Au passage, Sève ne manque pas de façon toujours aussi caricaturale d’égratigner l’extrême gauche, qui ne trouve aucune grâce à ses yeux. Car cette malheureuse extrême gauche, ne comprend décidément rien à rien au communisme, tout comme nous d’ailleurs.
En effet comment ne pas voir l’immense révolution corpernicienne, que les fulgurances de pensées de notre cher Lucien, font faire au concept de révolution et de mise en œuvre du communisme. Ecrire un article de 11 pages en évitant soigneusement d’aborder la question de la propriété privée des moyens de production et de sa disparition, la question de la conquête du pouvoir d’Etat et de sa disparition, la question de la fin de l’exploitation et du salariat, et leurs disparitions, toutes ces mauvaises questions qui ont depuis toujours obscurcies la claire question du communisme telle que nous l’envisage notre grand philosophe, pensez donc !
Le communisme de la désaliénation
Car voyez vous chers camarades, aujourd’hui la tâche des communistes qui ne veulent plus perdre leur temps avec la question du parti et de la révolution, devraient consacrer entièrement leurs forces et leurs projets à l’épineuse question de la désaliénation " Humaine ". Tient, tient ça ne vous rappel rien ! le coup de l’" humanisme total " ce sentiment de déjà vu, Sartre, Camus, Garaudy, Lefèvre, " Esprit ", " Socialisme ou Barbarie ", on en passe et des meilleurs. Certes ce courant philosophique a eu ces heures de gloire, sa version " gauche " (Lefèvre, socialisme ou Barbarie) mais in fine, que sont nos amis devenus ?
Est - ce que nous ne vous l’avons pas dit, le Centriste une fois déshabillé de ses oripeaux de Vynchinski du statutaire "le parti a toujours raison " apparaît crûment pour ce qu’il est, un révisionniste droitier honteux. (Pour l’anecdote, nous ne résistons pas à rappeler ce que notre cher Lucien osa affirmer à la tribune de la conférence sise à Bagneux, du calamiteux et révisionniste 22ième congrès, je site " Un Congrès du parti communiste à plus de valeurs que les textes théoriques des fondateurs du communisme, car il les enrichit " (sic !) " Il est des enrichissements qui doivent faire se retourner dans leurs tombes, tant les fondateurs de notre doctrine que nos malheureux camarades tombés pour la cause. Des gens qui ont détruit le parti communiste à 80 pour cent tant électoralement qu’en force militante, ferait bien parfois de s’abstenir de vouloir nous proposer leur prose. !
Salva te Lulu or none salva
Des camarades vont penser que nous sommes injuste avec Lucien et que tous ceux à qui nous avons à faire, il n’est certainement pas le pire. C’est vrai celui que tout le monde surnommait " Le moine soldat du communisme ", " l’enfant chérie du parti ", mérite sans doute un peu plus de considération, tout le monde se souvient du rôle important qu’il a joué dans la lutte contre l’échec scolaire et contre l’idéologie des " dons " avancé par la droite, on ne peut non plus oublier le rôle important qu’il a tenu et continue de tenir avec son épouse, dans la diffusion et dans la traduction de l’école de la psychologie soviétique, Luria, Léontieff, et surtout Vitgovski. Lucien a été pour beaucoup dans l’affirmation que la psychiatrie et la psychologie soviétique, ne se réduit pas à l’existence de camps, d’asiles ou l’on enfermait les opposants. Mais c’est justement parce que Lucien, sait tout cela que nous ne pouvons pas accepter, à la fois son refus de défendre les acquis de la révolution d’octobre et du léninisme, et cette bouillie idéologique qui lui sert aujourd’hui de refuge pour fonder un prétendu communisme de l’abolition de " l’état de chose existant ".
De quoi " souffre " Lucien Sève, le diagnostique a déjà été établi il y a un certain temps par son seul et véritable adversaire politique Louis Althusser (et qui était quand même son ami). " La psychologie spontanée de savant ", Lucien est victime d’un phénomène qui touche beaucoup ceux qui ont côtoyé de près et durant de longues années, un certain rapport monacal A l’étude du marxisme-léninisme. Ce rapport instituant une instrumentalisation du marxisme en vue d’autojustifier les lignes successives du parti, a littéralement épuisé une génération entière de marxistes, dans la défense justificatrice ou au contraire dans l’opposition sectaire
Sans que ni les uns ni les autres, n’aient trouvé de sortie à cet enfermement et au ravage psychologique qu’il a produit sur un nombre important de militants et de chercheurs. L’anti-communisme d’un certain nombre de ces anciens acteurs, le suicide d’autres, ne sont pas à chercher ailleurs, que dans les effets désastreux de cette " servitude volontaire " au service du parti, qui a atteint toutes les organisations de traditions communistes ou anarchistes. Il ne faut pas s’étonner aujourd’hui du retour du bâton et de la volonté affichée de jeter par dessus bord le bébé avec l’eau du bain.
Essayons encore une fois donc de comprendre, pourquoi la neutralisation de la technique est à l’origine de cette déviation qui a atteint profondément, l’ensemble des intellectuels organiques du parti. Lucien est un intellectuel qui s’est spécialisé dans l’épistémologie de son champ scientifique. Philosophe, il a volontairement choisi de s’intéresser à la psychologie. Le problème est que l’histoire personnelle de sa recherche se confond avec le déroulement de la grande " Histoire ", la crise du stalinisme et la volonté de trouver une origine à celle-ci. La crise des droits de l’homme en U.R.S.S. a correspondu à la redécouverte de l’importance du facteur humain dans les stratégies de changements. Nous ne reviendrons pas sur les débats de l’époque qui ont vu s’opposer, fonctionnalistes et structuralistes, systémiciens et anthropologues, etc…Dans d’autres champs elle a pris la forme de l’opposition entre orthodoxie psychologique opposée à la défense intransigeante de la psychanalyse. Je ne pense pas que Lucien me contredira là dessus, plus il devenait difficile de discuter ouvertement de la crise du stalinisme dans le parti, plus l’affrontement se faisait violent dans les champs scientifiques qui permettaient de poser les mêmes questions mais sous un angle différent.
Nov. 07