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Travailler Plus pour... que les riches gagnent plus !

relire salaires, prix et profits de Karl Marx...

mardi 12 février 2008, par pam

Travaillez plus ?

Travaillez plus pour gagnez plus ! L’ordre est donné par le président de la république et le gouvernement l’applique avec zèle, proposant de payer les RTT et revenir à 39h là ou les entreprises le pourront, de faire travailler plus longtemps les vieux, d’imposer des « activités » au rmistes, aux chomeurs, de donner les ados en apprentissage aux entreprises... Travaillez plus, travaillez plus... comme si depuis des années, il n’y avait pas des millions de « privés de travail », et des milliers de temps partiel qui sont en quelque sorte des « travaillez moins ! ».

Mais qui va gagner plus ? Ceux qui travaillent plus ?

A l’expérience, ce sont toujours les plus riches qui gagnent plus ! Depuis 30 ans que les gouvernements successifs réforment le code du travail, des millions de salariés travaillent de plus en plus, de plus en plus vite, de plus en plus durement. Ceux qui ont pu bénéficier des 35h l’ont souvent payé d’une plus grande flexibilité, de la réduction des salaires comparés à la hausse des prix des achats courants, notamment après le passage à l’Euro.

Les inégalités se sont renforcés devenant une véritable ségrégation sociale avec des couches aisées grande gagnantes, dévoilant voitures et logements de luxes, domestiques renommés « services à la personne », imposant leurs modes de vie et de consommation comme la « modernité », dont Sarkozy représente l’idéal, invité sur le yatch de son ami milliardaire, s’accordant une augmentation de 140%, ou dont la critique se résume aux forums alternatifs des bobos de grande villes...

Depuis 30 ans, ceux qui gagnent le plus ne sont pas ceux qui travaillent le plus ! Au contraire, les plus riches profitent des lois successives qui favorisent les investisseurs, les spéculateurs... tous ceux que les premières mesures de Sarkozy ont chouchoutés avec des milliards de cadeaux fiscaux.

A l’expérience il ne suffit pas de vouloir travailler pour trouver du travail ! Travailler plus, mais où ? Une entreprise ne crée pas d’emplois si elle n’en a pas besoin, ne fait pas d’heures supplémentaires si elle n’a pas de travail ! Même si le salaire est très bas, même si l’état prend en charge les cotisations sociales, ou même subventionne les salaires, les patrons ne créent d’emploi que quand la charge de travail le rend INDISPENSABLE ! Par contre, ils sont champions pour SUPPRIMER des emplois ET bénéficier des systèmes gouvernementaux de réductions du coût du travail... préretraite, chomage technique, précarité, RMA...

Le pire est que le capitalisme n’a plus besoin d’investir dans le développement de la société. Débarrassé de la concurrence que représentait l’URSS et les pays de l’est, il se détourne des besoins sociaux pour faire de l’argent facile dans les dépenses militaires, les besoins de luxe d’une bourgeoisie arrogante ou la marchandisation de toutes les pratiques sociales et culturelles, en laissant un quart monde de grande pauvreté devenir la norme dans les quartiers populaires occidentaux, paupérisant une part toujours plus grande des couches moyennes comme le montre le million de familles américaines jetées à la rue par la crise des sub-primes.

Mais peut-on vraiment gagner plus en travaillant plus sans se faire avoir ?

Travailler plus ? pourquoi pas, si cela permet réellement de gagner plus ! Mais qui décide des salaires et comment ? Est-ce que les entreprises augmentent les salaires quand elles le peuvent ou quand elles y sont obligés ? Un ancien dirigeant allemand est resté célèbre pour son théorème « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après-demain » ? Mais le constat est exactement l’inverse. Depuis, les profits ont repris 10% de la richesse produite aux salaires (180 Milliards € par an), et pourtant les investissements n’augmentent pas et le chomage continue à gangrener la société ! Le capitalisme investit des milliards pour faire travailler en Chine, en Inde ou dans les pays de l’Est, mais a quelles conditions est-il prêt à investir en France ? A quel salaire ?

L’analyse de Karl Marx sur les revendications du salaire

Il y a plus d’un siècle, des dirigeants syndicalistes anglais appelaient les ouvriers à ne pas se battre pour les salaires car les augmentations seraient de toute façon reprises par l’inflation. Marx écrit alors un texte pour montrer que le seul effet d’une augmentation massive des salaires, c’est au contraire un rééquilibrage entre salaires et profits et un déplacement des investissements vers des secteurs utiles aux besoins sociaux. Pourquoi ? Parce que la « valeur d’échange » d’une marchandise n’est pas déterminée fondamentalement par le marché mais par le coût de la production ! Et le travail étant dans le système capitaliste une marchandise, le coût du travail, donc le salaire, n’est pas déterminé par le marché du travail, mais par le coût de la reconstitution de la force de travail. Autrement dit, il ne suffit pas de faire venir des milliers d’immigrés pour les payer moins cher si ces immigrés se mettent à vivre dans les mêmes conditions que les autres salariés, allant dans les mêmes écoles, hopitaux ou grandes surfaces ! Car alors, leur salaire vont augmenter ! En fait le salaire est toujours la traduction du rapport de forces entre capital et travail.. quelquesoit le niveau de profit, le capitalisme cherchera toujours à faire BAISSER les salaires ! Et les travailleurs ont toujours intérêt à se battre pour AUGMENTER les salaires ! Cela ne fait pas augmenter les prix, cela réduit la masse d’argent brulée dans les gachis financiers et le luxe !

Alors, travailler plus pour gagner plus ?

Supposons que les patrons acceptent de payer les heures supplémentaires alors qu’on sait que dans beaucoup de secteurs, les patrons imposent ces heures supplémentaires sans jamais les payer ! Mais si on travaille plus sans augmenter le salaire horaire, est-ce ce que ce surcroit de salaire va augmenter notre pouvoir d’achat ? Si on suit le raisonnement de Marx, pas du tout ! En travaillant plus, l’entreprise va augmenter son chiffre d’affaire, donc son profit. Ce profit plus facile va attirer les financiers pour augmenter leur rente, pour investir encore plus dans les marchés faciles, pour s’éloigner encore plus de la réponse aux besoins sociaux... Finalement, ce travail supplémentaire va augmenter les profits et les rentes et peser encore plus sur la part des salaires dans le PIB ! Les quelques heures supplémentaires payées seront bouffées rapidement par l’inflation des courses indispensables pendant que plus d’argent coulera dans les gachis financiers, les incendies boursiers et les consommations de luxe ! En résumé, quand un salarié travaille plus au même taux horaire, les profits augmentent, donc le capital est plus fort pour réduire encore le pouvoir d’achat !

Ce que nous propose Sarkozy est très simple... Travaillez plus pour que les riches gagnent plus !

La réponse des salariés doit être partout de se battre pour augmenter les salaires ET réduire le temps de travail ET créer des emplois, ce qui revient en fait à récupérer les 180 milliards qui chaque année sont volés par les entreprise aux salaires depuis les années 1970, à pousser le capital à investir pour les besoins sociaux, pour le développement de la société !

Mais pour que ce soit possible, il faut affronter sans crainte les médias et les discours dominants, déjouer l’illusion du « compromis » possible avec Sarkozy, des négociations qui pourraient aboutir en dehors de la lutte. Seul le « blocage » du système peut faire céder la bourgeoisie ! Il ne se décrète pas dans de grandes déclarations médiatiques, mais se construit dans l’expérience militante du rassemblement populaire et du point de vue communiste !

Voir en ligne : posté sur le site altercommuniste.org

5 Messages de forum

  • (posté fin 2007)

    Pierre-Alain,

    J’apprécie ton souci de critiquer avec fermeté le piège de l’actionnariat des salariés. L’avant-dernier paragraphe de ton texte montre l’essentiel de la dynamique qui porte ta réflexion. Je cite ce passage : "… le capital … doit comme l’eau, l’énergie ou l’espace être un « bien public » inaliénable ! " Le point d’exclamation final exprime ici le cri du cœur. Ce sera pour ma part le point de départ d’une négation indispensable. Je souhaite affirmer le contraire, et selon tous les termes de l’énoncé : le capital, le bien et le peuple.

    Qu’est ce que le capital ? Notre approche est différente. Le sens de ton texte insiste fortement sur un terme des actes nécessaires pour détruire le pouvoir bourgeois : l’expropriation. La chenille devient papillon. Ceci est un raccourci. Il recouvre cependant une grande part des obstacles rencontrés par les communistes au XX° siècle. La force du mouvement impose inlassablement de renoncer à une première approche du réel.

    Je veux en revenir à Marx. Il procède à la critique radicale du point de vue des économistes "bourgeois". Non l’argent ne crée pas encore plus d’argent. Plus que de l’argent, le capital, c’est du travail. Le capital est accumulation financière, mais aussi accumulation de souffrances. Le capitaliste mène une guerre forcenée pour asservir les forces de travail des salariés. En quelques mots, le décor est presque planté : de l’argent, des usines, des salariés, des banques. Les capitalistes s’imposent comme classe dominante en surpassant les modes de domination précédents. Le capitalisme, c’est une dynamique plus féroce que la féodalité, que l’esclavage.

    De manière paradoxale, l’économisme est d’abord un idéalisme. Les économistes s’accaparent le réel. Les lois du marché contraindraient l’humanité. Marx affronte le paradoxe. Pour lui, la partie se joue en fait sur le terrain de l’histoire, le terrain de l’affrontement de classes.

    Mais comment en finir avec la classe qui domine ? Entre ceux qui font la course au profit et ceux qui ne peuvent que vendre leur force de travail, l’antagonisme est tout aussi irréductible qu’entre les citoyens de la Grèce antique et leurs esclaves, qu’entre les hobereaux et leurs serfs. La classe dominante capte le sur-travail. Avec le crédit bancaire, la manufacture, la fabrique puis l’usine, la bourgeoisie généralise la marchandise, la course au profit et le salariat.

    Marx déconstruit avec patience l’économisme. Marx met à nu la théorie de la valeur. La valeur est duale. En apparence, seule au monde, la valeur d’échange est seconde. La valeur d’usage est la valeur. La marchandise n’est pas neutre. Dans toutes ses formes, marchandise-argent, marchandise-force de travail, marchandise-investissement, la marchandise est dans l’histoire.

    La classe dominante nie la valeur. Elle ne concède à ceux qu’elle domine que ce qui est nécessaire pour reproduire la force de travail. La valeur d’échange, forme transitoire, cristallise la domination de classe. Négation du communisme, la valeur d’échange se décompose : coût de la force de travail et plus-value. La bourgeoisie diminue toujours plus la part de la force de travail pour réaliser de la plus-value. Elle supplante les classes dominantes précédentes car elle investit. Elle engrange du travail mort pour économiser en travail vivant. Avec la bourgeoisie le travail est triple : travail mort, force de travail et sur-travail. En terme économique, le capital est triple : capital fixe, capital variable et capital additionnel ou plus-value.

    Le capitalisme n’est pas la bourgeoisie. Le capitalisme est la relation avec laquelle la bourgeoisie s’impose, domine. Le capital est un mode de relation qui interdit l’égalité entre les êtres humains.

    Les capitalistes accumulent, suraccumulent, détruisent du capital sous toutes ces formes. Ce mouvement résulte de l’antagonisme qui découle de la domination de classe. Marx met en lumière la complexité de ce mouvement. Le taux de profit le plus élevé conditionne la survie du capitaliste.

    L’économisme est l’idéologie du capitalisme. Une illusion douloureuse est d’espérer que les communistes pourraient être de meilleurs économistes que les capitalistes eux-mêmes. Le capitalisme est la force qui s’oppose à la valeur, ou comme je le comprends, à ce que tu appelles « un bien ». Avec le capitalisme, le peuple est déchiré, force de travail et taux de profit.

    L’illusion la plus partagée est toujours proche de son terme. La destruction de la marchandise accomplit la valeur. Le bien public, c’est l’exclusion de l’échange marchand par le peuple lui-même.

  • Pierre-Alain,

    J’écrivais, voici un peu plus d’un an, un texte de quelques feuillets à partir de ma lecture d’un article que tu faisais paraître pour s’opposer à la démarche de la direction du P’C’F qui plébiscitait l’actionnariat ouvrier. Mon texte ne souhaitait en rien dévaloriser ton courage politique. Par contre, je relevais dans ta conclusion une phrase qui alors nécessitait une mise au point salutaire : "… le capital … doit comme l’eau, l’énergie ou l’espace être un « bien public » inaliénable ! " Pour ma part, j’ai souhaité nié en tout point cette exclamation.

    Tu soumets aujourd’hui un texte avec ce titre ‘‘Travailler Plus pour... que les riches gagnent plus !’’ Je souris bien naturellement à cette dérision du sarkobusiness. En effet, pendant la campagne des présidentielles, sur le ton de la fausse confidence, ce candidat parlait à l’oreille de l’ouvrier : ‘‘Tu peux gagner plus. Ce sera possible si tu me fais élire.’’ Comme une lame de fond, dans tous ses meetings, le chef de clan pétaradait : ‘‘ Travailler plus pour gagner plus’’. Dans les réunions communistes, j’affirmais alors la nécessité de nier ce slogan. Cette critique doit être collective. J’approuve ton effort. J’ai cependant des remarques au sujet de tes arguments. A travers quelques paragraphes, je souhaite une critique de classe plus radicale et une lecture inspirée des ouvrages de Marx.

    Les mots ne sont pas innocents. Commençons par le premier terme ‘‘Travailler plus’’. C’est un non sens. Le travail n’est pas une activité. C’est une forme de relation sociale subie par ceux qui ne possèdent aucun moyen de production ou d’échange. Le travail ne peut être assimilé à l’action productive. Le travail est une contrainte sociale à laquelle est soumise une grande partie du peuple. Un patron qui se rend à son bureau tous les jours ne travaille pas. Il exploite, il asservit d’autres hommes qu’il soumet à n’avoir pour seul recours que de vendre leur force de travail, quelque soient leurs situations, qu’ils produisent ou qu’ils chôment. Les capitalistes dépensent beaucoup d’énergie pour contraindre la plupart des hommes au travail. La condition de ceux qui travaillent ne permet pas d’espoir. Vouloir s’en sortir par le travail, c’est perdre son énergie, comme si l’on s’enchaînait soi-même. Celui qui travaille n’a que sa dignité pour lueur.

    Je ne peux souscrire à ton exclamation : ‘‘Depuis 30 ans, ceux qui gagnent le plus ne sont pas ceux qui travaillent le plus !’’ Elle sonne faux. Capitalistes et salariés ne jouent pas sur le même terrain. Ceux qui gagnent le plus sont ceux des exploiteurs qui rentabilisent le plus la force de travail de leurs salariés. Asservi, astreint à sa tâche, le travailleur ne gagne rien.

    L’œuvre de Marx fournit les clefs de ce paradoxe. L’esclave, le serf ou l’ouvrier ne perçoivent jamais le fruit de leur travail. Le maître, le seigneur ou l’actionnaire fournissent à l’esclave, au serf ou à l’ouvrier ce qui est indispensable pour pouvoir toujours en disposer. Les exploiteurs doivent utiliser la force de travail comme source de profits. Marx permet de dépasser l’approche naïve entre riches et pauvres pour caractériser l’essence de la classe qui possède les moyens de production et d’échange, comme celle de la classe à venir, la classe ouvrière. La classe exploiteuse naît, vit et meurt pour l’argent. Elle thésaurise. Le capitaliste mesure les profits qu’il accumule. Il gagne. Le taux de rentabilité est le cœur de ce système. Pour accumuler plus de profits que ses concurrents, le capitaliste doit aussi veiller à disposer de moyens de production et d’échange toujours plus performants. Par cycle, la part du capital nécessaire pour les machines s’accroît fortement.

    La part du capital destinée à la reproduction de la force de travail, c’est le salaire. La fiche de paie, net comme brut, n’est qu’une part du salaire. Le salaire est aussi acquitté à travers les prestations des services de l’Etat : enseignement, santé, allocations familiales, RMI, fonds sociaux, etc. Les moyens dépensés en salaire ne sont pas seulement destinés qu’à une consommation individualisée. Assoiffé de profits, le capitaliste tente dans toute la mesure du possible de réduire la part du salaire. Les revendications sur la fiche de paie, sur l’école, la santé, les minimas sociaux, etc., ce n’est pas gagner plus, c’est revendiquer le droit de pouvoir reconstituer sa force de travail.

    Pour contredire Sarkozy, il est indispensable d’énoncer clairement ce que sont le travail, la force de travail, le salaire, les profits. Par exemple, un chômeur dispose d’une force de travail potentielle. L’exploiteur doit pouvoir en disposer pour la mettre en concurrence avec celle des salariés de ses entreprises. Les allocations chômage sont du salaire.

    Dans un second temps, je souhaite critiquer l’esprit général de ton exposé. Je le trouve résumé à nouveau dans une exclamation qui se situe dans la conclusion : ‘‘Seul le « blocage » du système peut faire céder la bourgeoisie !’’ La critique de cette phrase est primordiale. Elle permet de clarifier la nature de la transformation révolutionnaire à entreprendre.

    Qui souhaite bloquer le système ? C’est l’ambition de la classe dominante. Je soupçonne de plus qu’elle pense y arriver. Dès les années 1980, les idéologues bourgeois exultaient en parlant de ‘‘fin de l’histoire’’.

    Faire céder la bourgeoisie ? La bourgeoisie n’a rien à céder. Elle n’a d’ailleurs aucun pouvoir surnaturel. Elle ne peut pas transformer une part des profits en salaire, comme certains ont transformé l’eau en vin. Ce n’est pas une question de volonté. Le capitaliste achète de la force de travail qui est source de profits. Les capitalistes constituent une classe affamée de profits, indispensables pour maintenir leur domination. Ceux qui travaillent sont confrontés à cette force qui nie sans cesse la valeur de ce qu’ils créent. Les forces productives sont une marchandise que le capitaliste tente chaque jour un peu plus de consommer en maximisant la part des profits. Les revendications sur la fiche de paie contrarient le capitaliste dans sa course aux profits maximums. Elles soulignent la force de l’antagonisme que développe l’exploitation. Dans la littérature socialisante, le concept de ‘‘développement des forces productives’’ est souvent évoqué. Ce concept élargit plus globalement à l’ensemble du salaire la démarche première par rapport à la fiche de paie.

    Quelle est la nature du problème ? Quand Sarko parle à l’oreille de l’ouvrier, il lui propose d’être un gagneur. Ce positionnement prend à contre-pied l’argutie réformiste ‘‘Mieux répartir les profits entre capital et travail’’. Le peuple mesure depuis longtemps l’inconsistance de cette position. Avec Sarko, un espoir se fourvoie dans une autre impasse. Profondément unis, salaire et profits ne sont cependant pas conciliables. Les profits ne se partagent pas, le salaire, non plus, d’ailleurs. L’objectif de faire céder la bourgeoisie complète l’illusion réformiste de la répartition. Envisager un ajustement entre profits et salaires, que ce soit par la lutte, par l’impôt, par tout autre moyen poursuit la malédiction de ceux qui convoitent ce qui sans cesse se dérobe. Salaire et profits participent d’un antagonisme. L’idée d’un rééquilibrage des profits vers le salaire pour conduire une politique de développement masque cet obstacle de l’antagonisme. La lutte sur la question du salaire participe d’une logique plus profonde. Alors que la lutte pour toujours plus de profits est le mode de survie naturel pour l’exploiteur comme membre de la classe dominante, la satisfaction des besoins repose sans cesse la question de la lutte pour le salaire. L’expression ‘‘pousser le capital à investir pour les besoins sociaux, pour le développement de la société !’’ parachève dans le texte la démonstration d’impuissance. Par nature, c’est hors de propos. Le capitalisme n’existe que pour maintenir une domination, un point c’est tout.

    La constitution d’une nouvelle classe est la seule issue pour s’attaquer réellement à la question de la satisfaction des besoins. Cette nouvelle classe pour dominer devra remettre en cause les privilèges des exploiteurs et interdire quelque forme que ce soit de course aux profits prioritairement pour tout ce qui concerne les besoins vitaux : eau, énergie, transports, communications, santé, enseignement. L’appartenance de classe cristallise une grande part des cheminements des individus. La réponse la plus pertinente au slogan ‘‘Travailler plus pour gagner plus’’ est à rechercher dans le besoin d’une nouvelle classe qui mette un terme à l’existence de la classe bourgeoise.

    Loin de vouloir bloquer le système, l’œuvre de Marx s’inscrit dans la visée de participer à l’accomplissement de l’histoire par la révolution communiste.

    Jef

  • il me semble que si ton argumentation rigoureuse sur l’antagonisme capital-travail et la définition du travail est nécessaire, et révèle une faiblesse de mon texte, elle ne me suffit pas pour la rendre "opérationnelle" dans la bataille politique et idéologique, à partir des pratiques.... par exemple, résumer le travail à l’aliénation sans évoquer son rôle constructeur de l’humanité se libérant de la nature me pose problème.... par rapport notamment aux discussions sur la croissance/décroissance, les forces productives...

    par exemple, bien sûr que le capital ne peut avoir comme but d’investir dans la réponses aux besoins sociaux, n’empêche que l’argumentaire important de salaires prix profits, c’est bien que si on monte les salaires massivement, ce qui change c’est le rapport salaires/profits, et non pas les prix, qui de toute façon s’équilibrent, sauf qu’entre temps, la rentabilité différenciée des capitaux a pousser les capitalistes à déplacer les capitaux vers les activités en croissance liées à la consommation permise par la hausse des salaires..

    ce rapport entre évolution globale (rapport salaire/profit, croissance...) et structure du capital me parait une idée efficace pour contrer les discours ambiant, et permettre un cheminement personnel....

  • relisant ce matin, je trouve quelquechose de très utile dans ton texte c’est le mot "gagner" qui est un piège dans l’affirmation sarkozienne, car effectivement, quand je dis "ce n’est pas celui qui travaille qui gagne".. ca repose sur une confusion entre "gagner le droit de vivre" et "gagner sa part du capital"...

    il faudrait toujours préciser en opposant "vivre" et "capitaliser"...

    de même , tu as raison sur le mot "céder" en disant "faire céder la bourgeoisie"... même s’il faut valoriser ce qu’on peut lui arracher (donc malgré tout ce qu’elle "cède" toujours à contre coeur, il ne faut pas créer l’illusion qu’on pourrait ainsi "contrer" le capitalisme de l’intérieur, donc il faut aussi affirmer que c’est en se passant de la bourgeoisie, en l’expropriant, qu’on pourra libérer la production du travail aliéné

    mais reste qu’on ne peut en rester a une affirmation "catégorielle", en dehors des batailles dans laquelle elle se construit dans les consciences. Or, tout montre que l’expropriation de la bourgeoisie et la construction d’une société radicalement communiste est un long processus qui justifie d’ailleurs la pertinence de la définition d’une société "socialiste", dans laquelle les luttes de classes restent le moteur...

    proposer de construire la "nouvelle classe" seulement dans l’espérance n’est pas satisfaisant, donc tout objectif qui modifie le rapport de forces, et notamment l’équilibre salaires/profits est utile... oui, il faut se battre pour gagner DANS le capitalisme, pour arracher au capital , et si ce n’est pas ce qu’on lui prend qui l’affaiblit, car seule effectivement, le renversement de la classe dominante peut le mettre en cause, il reste que plus on lui en arrache, plus il se transforme et quelquepart, plus on crée des conditions de construction humaine, donc de construction de classe (éducation, temps libre, moyens de communications...)

    relisant, je pense que je ne suis pas d’accord avec ta critique de la phrase "pousser le capital à investir"... car si elle peut être criticable si elle dit que le capital peut être autre chose que lui même, elle dit par contre quelque chose d’essentiel, c’est qu’il n’est pas en dehors du réel, ni des rapports de forces et que tout montre qu’il ne se comporte pas de la même manière selon le rapport de forces... Même à Cuba, certaines entreprises occidentales bravent l’embargo car il y a du profit à faire, et en faisant celà, elles peuvent objectivement servir des objectifs sociaux et de développements qu’elles n’ont pas décidées...

    on peut ainsi regarder l’influence extraordinaire du service public francais sur l’industrie française comparée à d’autres... le poids de ALSTOM par exemple lié à la SNCF qu’on peut comparer à l’angleterre ou aux USA... Le capital n’est pas une abstraction mais se traduit par un ensemble de ressources qui se placent sur les secteurs ou il est le plus facile de gagner... de ce point de vue, toute politique qui massivement développe la réponse aux besoins sociaux pèse sur la structure du capital... il me semble bien que c’est un élément important de l’argumentation de "prix, salaires, profits"...

  • Ma réponse à ton texte sur Sarko était consacré à l’impasse d’une critique économiste du capitalisme. Alors que le capitalisme est l’antagonisme dans les relations entre les hommes, l’économisme aveugle, niant de manière axiomatique toute contradiction. Dans ma réponse, mon souci principal a été de montrer en quoi le mot d’ordre sarkozien a ridiculisé les sociaux démocrates champions de la réconciliation avec le capital. Alors qu’aujourd’hui l’échec de Sarko se précise, il serait heureux que les révolutionnaires engagent une critique sérieuse de leurs anciens points de vue. Dans mon texte, à aucun moment je n’ai employé le mot aliénation. Je ne répondrais donc pas à ce sujet. Le travail par essence ne libère en rien de la nature. Nous mesurons d’ailleurs mieux aujourd’hui comment un développement non communiste conduit à mettre en danger toute l’humanité pour les seuls profits de quelques privilégiés. Les termes croissance et décroissance appartiennent aux économistes, donc sans commentaires de ma part.

    Le capitalisme, comme sa religion, l’economie, portent en eux les germes de leur suppression. Par essence, ces germes sont contradictoires. J’ai voulu souligner dans mon texte en même temps l’unité première du salaire et des profits, mais aussi leurs formes différentes. Alors que les profits sont vecteurs d’une individualisation poussée jusqu’au paroxisme, la forme salaire porte en germe du collectif. Ces formes différenciées n’impliquent en rien de privilégier l’un par rapport à l’autre. Salaire et profits sont tous les deux fruits du travail des hommes, mais dans le même mouvement, dépendants de la médiation de la classe dominante, les exploiteurs. La remise en cause des privilèges de la classe dominante conduit inéluctablement à une appropriation collective du salaire, des profits comme à une maîtrise du capital investi, rendant progressivement caduques ces formes anciennes. L’attaque des privilèges de la classe exploiteuse n’est pas une victoire à la Pyrhus si elle s’accompagne d’une déconstruction par le peuple lui même de toute la mécanique qui l’a enchaîné au travail.

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